23/01/03Léonard VincentTF1---
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(Article publié le 22 janvier 2003 sur le site internet de TF1 à propos de la sortie du film Décryptage de Jacques Tarnero et Philippe Bensoussan.)

C'est un film militant, meurtri, plein de points d'interrogation et de colère. Du reste, les auteurs n'en font pas mystère. Jacques Tarnero et Philippe Bensoussan, tous deux cinéastes habitués aux combats contre la haine des Juifs à l'oeuvre dans un certain Islam et dans le négationnisme, ouvrent leur film Décryptage par cette phrase : "Ce film n'est pas un documentaire prétendant à la neutralité."

Leur objectif, par les temps qui courent, ne leur vaudra sans doute pas l'unanimité. Il s'agit de dénoncer cette étrange tendance qui met l'Etat d'Israël au centre de toutes les passions politiques, de décrire les travers d'un regard qui finit par stigmatiser le peuple juif à tort et à travers. "Israël n'est pas un Etat au-dessus de la critique, affirme encore l'ouverture de leur intéressant documentaire, mais la volonté de l'accabler, de présenter ses soldats comme des violeurs ou des tueurs d'enfants règle d'autres comptes, dit autre chose que la contestation d'une politique."

Inventaire stupéfiant

Construit sous forme de chapitres, Décryptage suit la trace d'une volonté de stigmatiser un Etat, à défaut de comprendre ce qui a lieu au Proche-Orient. Après le déclenchement de l'Intifada (hâtivement attribué à la seule visite du chef de l'opposition israélienne sur l'Esplanade des Mosquées), le sommet raté de Camp David (où Yasser Arafat s'est fait le champion de la nation arabe et non pas le chef des Palestiniens), l'imagerie palestinienne (où les images télévisées d'enfants affublés de ceintures d'explosifs, ou imitant le chef du Hamas lors d'une représentation scolaire, dépriment autant qu'elles terrifient), l'affaire du petit Mohammed al-Dura (exploitée par certains pour un sinistre marketing guerrier), ce sont les manipulations d'images d'actualité, les innombrables erreurs, gaffes, préjugés, exagérations, énormités et parti-pris journalistiques qui sont exposés, décortiqués et interprétés.

Il est vrai qu'à explorer avec un oeil critique le traitement de l'information proche-orientale par les grands médias français, on peut être parfois saisi de stupeur. Que penser de ce titre du Monde, après que deux gamins eurent été lapidés à mort dans une grotte de Cisjordanie, puis mutilés, signalant la mort de "deux enfants colons" ? L'enfant d'un membre du FLN pendant la guerre d'Algérie, mort pendant une opération militaire française, était-il qualifié "d'enfant fellagha" ?

Ecouter plutôt que de trancher

Car c'est là que les auteurs veulent mener leurs spectateurs : à rechercher les causes de telles dérives, de tels glissements. Leur thèse : "L'imaginaire politique français contemporain se nourrit d'une double dette : celle de Vichy à laquelle s'ajoute celle de la guerre d'Algérie. C'est dans le conflit judéo-arabe, israélo-palestinien, qu'elle va trouver sa double représentation." Chacun jugera si les arguments de Jacques Tarnero et Philippe Bensoussan sont convainquants ou non. Si Décryptage est un film pertinent, qui a le mérite d'éclairer souvent notre aveuglement, on regrettera toutefois certaines approximations dans les correctifs et une légère sur-interprétation des faits. Bref, une volonté d'accabler plutôt que de comprendre. Il reste qu'il faut écouter ce que dit l'ancien ministre des Affaires étrangères israélien d'Ehud Barak, Shlomo Ben Ami, lorsqu'il explique que le pire ennemi de la paix, c'est un "excès de soutien" à la vision palestinienne des choses.


Encart complémentaire à l'article : (cf "Libération et AP condamnés", catégorie "Bavures")

Sur la "une" du quotidien Libération reproduite par l'affiche du film (photo ci-dessus), l'on voit un policier israélien vociférant qui semble s'acharner sur un manifestant palestinien désarmé. Alors que la légende décrivait une scène d'affrontements sur l'Esplanade des Mosquées à Jérusalem, la réalité se révèle tout autre : il s'agissait d'un étudiant juif au visage ensanglanté, libéré de ses agresseurs palestiniens, dans un quartier périphérique de Jérusalem, par un policier israélien... et druze. Le rectificatif, lui, ne fera pas la une. Il sera l'objet d'une "brève", invoquant un problème technique.

23/01/03Léonard VincentTF1---
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